Module 1 - Stratégies
Les hologrammes ont-ils un rôle à jouer sur la scène professionnelle ?
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Les hologrammes constituent le fantasme n°1 des « marketers », qui ne conçoivent pas que l’on puisse tenir une réunion, à terme, sans se faire représenter par cet artefact…

Quand Microsoft a présenté Hololens, en même temps que Windows 10, avec lequel il n’avait pas grand-chose à voir, beaucoup d’observateurs se sont demandés ce qui arrivait à Satya Nadella et ce que venait faire dans le « business », une technologie que l’on avait plutôt eu tendance à associer aux jeux vidéo. Mais comme Microsoft entretenait un savant secret autour de ses objectifs, ils se sont dit qu’il devait y avoir quelque chose de sérieux derrière tout ça, qu’ils ne percevaient pas encore.

Sauf que deux ans plus tard, il ne s’est pas passé grand-chose et que de nombreux clients se demandent aujourd’hui si Hololens a un avenir, voire si au-delà du produit Microsoft, les hologrammes en général présentent un intérêt. C’est à cette interrogation que nous répondons ici.

Petit rappel

Pour qu’il n’y ait pas de confusion, on rappellera que l’holographie, ce n’est pas de la réalité virtuelle. C’est une technologie, fondée sur les principes optiques des interférences, qui consiste à fabriquer un objet virtuel, l’hologramme, qui semble flotter dans une scène réelle et sur lequel on peut agir par des commandes et en nous déplaçant. Toute la difficulté étant de « voir » ces hologrammes, ce qui nous oblige à nous équiper de casques encombrants, la miniaturisation de la technologie, n’ayant pas encore permis de les intégrer directement dans nos lunettes.

En fait, on associe souvent les hologrammes à la réalité augmentée, car c’est bien de cela qu’il s’agit : on augmente la scène réelle avec un hologramme. Mais l’hologramme lui-même, n’a rien à voir avec un objet de réalité virtuelle et il n’est pas construit avec les mêmes outils.

L’ambiguïté du concept d’hologramme

Selon la définition que nous avons donnée, un hologramme est donc un objet virtuel, qui n’est pas un produit de réalité virtuelle, construit en temps réel, grâce une logique électronique embarquée quelque part, dans un « headset » ou dans un boîtier spécialisé et avec qui on va dialoguer. Ce n’est pas de la transmission d’images.

Toute la difficulté va donc être de fabriquer cet objet et c’est là que les lasers et les interférences optiques vont jouer leur rôle.

Mais ce qui est essentiel, c’est de statuer sur l’idée que dans tous les cas, il va falloir construire l’objet, quel que soit l’endroit où on placera l’électronique qui en sera chargée.

Lors des élections présidentielles, en mai 2016 en France, l’un des candidats a voulu faire croire qu’il animerait un meeting dans plusieurs villes simultanément, en se faisant représenter dans celles où il ne serait pas, par son hologramme.

Et toute la presse a suivi, éperdue d’admiration devant un candidat qui lui, au moins, comprenait les technologies nouvelles.

Sauf que tout était faux et qu’il n’y avait pas plus d’hologramme que de sincérité dans les discours politiques et que l’image qui « ressemblait » à un hologramme, était le résultat de la projection des images filmées du vrai candidat, récupérées dans les différents sites et projetées à travers un film invisible très fin, orienté de telle manière qu’il donnait une sensation de relief. Avec le côté laiteux et fantomatique, sans lequel il ne peut y avoir de bon hologramme.

Ca ne vous rappelle rien. Si, bien sûr, l’illusion du célèbre Pepper qui pratiquait de la même manière au … XIX ème siècle….dans les salles de spectacle

 

Les véritables hologrammes n’ont rien à voir avec les fantômes et spectres de Pepper, remis au goût du jour

Les hologrammes et le « business »

Hormis cette plaisanterie douteuse, il ne s’est en fait pas passé grand-chose dans le domaine et on s’est dit que peut-être la présentation de Microsoft d’Hololens, n’était qu’un coup de communication, sans lendemain.

Ce n’est sans doute pas le cas, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que globalement, dans le monde professionnel, Hololens et les produits concurrents, ne sont pas encore crédibles, au-delà de quelques réalisations, plus spectaculaires que significatives.

Le problème porte d’ailleurs un nom : « headset » ou casque virtuel.

Car pour voir et interagir véritablement avec un hologramme, il faut être bardé de cet engin, avec lequel, si vous prenez le métro, vous passerez difficilement inaperçu. Mais pour l’instant, il n’y a pas d’autre solution. On ne peut pas s’en débarrasser.

Il suffit pour s’en convaincre de regarder ce qui s’est passé avec la Compagnie Magic Leap, qui a mis six ans pour fabriquer un « Lightwave headset », une sorte de casque de deuxième génération, plus léger, mais qui est toujours un casque.

Pour y parvenir, Magic Leap a levé près de 2 milliards $ auprès de Google, Qualcomm, Alibaba et le studio Warner Bros. Pour finalement aboutir à une sorte d’Hololens bis, plus petit et moins encombrant, certes, mais une grosse paire de lunettes quand même. On n’est pas certain que le jeu en valait vraiment la chandelle.

Le système Lightwave headset comporte en plus des lunettes, un boîtier qui s’accroche à la ceinture, dans lequel se trouve l’électronique pour traiter les données en provenance de 8 capteurs, placés sur la face avant des lunettes.

Ce système permet, par exemple, de naviguer sur Internet et de produire des images flottantes tout autour de nous, d’examiner des produits sous différents aspects et bien entendu de participer à des jeux vidéo. Tout cela est très bien, mais le fait de jouer les Tom Cruise avec des fenêtres flottantes, valait-il 2 milliards $ ?

On a le sentiment qu’il suffit parfois de présenter quelques beaux Powerpoint en couleurs avec des supputations sur le futur, si possible délirantes, pour emporter l’adhésion de gens, qui pourtant sont des spécialistes…

Tout cela a un drôle de goût.

Les autres produits

Si nous sommes pessimistes, quant à l’espoir de voir les hologrammes arriver à maturité dans le domaine professionnel, c’est que nous ne voyons pas grand-chose de concret, au minimum prometteur.

HP commercialise un outil, HP Zvr, fabriqué en collaboration avec zSpace, qui affiche des hologrammes dans un écran spécial (là où se trouve la logique de création). L’utilisateur est équipé d’une paire de lunettes légère et d’un stylet pour lui permettre d’interagir avec les objets de l’écran.

Pour cela, l’écran en question est doté de capteurs qui suivent la position des lunettes et donc des yeux de l’usager, ce qui lui permet de modifier l’apparence des hologrammes en fonction des déplacements et position constatés. Ce n’est pas idiot, mais il nous semble que c’est une bien grosse quincaillerie pour avoir le sentiment que l’hologramme sort de l’écran. On pourrait peut-être obtenir les mêmes résultats avec un objet 3D, comme on sait les construire aujourd’hui, que l’on saurait également déplacer et regarder sous toutes les coutures.

Le problème est que lorsque vous émettez ce genre de critique (mesurée), certains « geeks » ont tôt fait de vous considérer comme le digne symbole d’une certaine forme de dégénérescence intellectuelle.

Un autre acteur, peu connu, la startup Looking Glass Factory, a construit un écran dit HoloPlayer, qui affiche des hologrammes en arrière-plan d’un écran, sans que nous ayons besoin de lunettes pour les visualiser. La construction de l’image nécessite d’associer 32 images en profondeur, pour reconstituer le volume. Côté usager, il suffit de bouger les mains dans l’espace, pour faire tourner les objets et les déplacer dans une scène.

Seul inconvénient, pour produire ses hologrammes, Looking Glass a dû sacrifier la définition des objets, qui tombe à 267 x 480 points, ce qui ne permettra pas de faire grand-chose.

Pour l’instant, le fabricant ne prend que des précommandes pour deux versions de son produit, selon que le PC qui va faire tous les calculs sera séparé ou intégré à l’offre (750 ou 3 000 $).

Dell, de son côté a annoncé qu’il livrerait en 2018 un kit de développement à 1 495 $ pour réaliser des applications de réalité augmentée, dans lesquelles les hologrammes pourraient jouer un rôle. Cette offre inclut un casque fabriqué par Meta, le « Meta 2 AR headset », Dell visant surtout le marché professionnel.

Plus intéressant et somme toute plus significatif, la Compagnie RealFiction fabrique un écran original, le DeepFrame AR, qui permet de voir à travers lui des hologrammes, qui viennent se superposer à la scène dans laquelle il est placé. Et ceci sans avoir besoin de lunettes particulières. Il s’agit d’un écran de 64 pouces, relativement encombrant, mais qui présente sur le principe un intérêt certain. Celui d’améliorer la technologie des fantômes de Pepper.

Car avec ce système, ce n’est pas une image vidéo qui est transmise mais un hologramme, on allait presque dire réel, l’objet pouvant être affiché dans les mêmes conditions, par autant de filtres écrans DeepFrame que nécessaire.

Ce système permettrait de conduire des réunions de téléprésence, avec des personnages « hologrammés » et d’autres plus réels. Le coût de l’écran n’étant quand même pas à la portée de toutes les bourses, 50 000 $ unitaire.

D’autres Compagnies continuent de travailler sur le sujet, WayRay par exemple, qui met au point des assistants à la conduite automobile, qui empruntent aussi à la technologie des hologrammes, mais également Microsoft, qui s’est associé à Trimble, pour produire une nouvelle génération de son logiciel Hololens.

 

Les hologrammes pourraient avoir des retombées concrètes dans le milieu professionnel, mais hormis quelques réalisations symboliques, elles se font attendre

Demain

Hormis pour quelques cas spécifiques, les hologrammes professionnels n’auront aucun avenir, si l’on ne peut pas résoudre un certain nombre de problèmes techniques.

Il faudra d’abord disposer des circuits dédiés à l’holographie, comme on l’a fait avec l’IA ou la réalité virtuelle. De même que des API pour élaborer les applications et routines système, indispensables à la mise en scène les objets.

Il faudra ensuite qu’il s’agisse de véritables hologrammes, visibles à travers un filtre qui pourra être plus ou moins intelligent. Ce filtre sera une sorte de coquille qui englobera une scène réelle, mais aussi les hologrammes. Il s’agira d’un écran ultra-mince, comme on commence à en imaginer, invisibles si possible, de manière à ce que les hologrammes donnent l’impression d’être « posés » sur les scènes réelles.

Il faudra encore que l’on puisse se déplacer autour des objets, interagir en direct avec eux, les agrandir, les diminuer, les supprimer, les enregistrer et les transmettre à distance.

Il faudra, également, que les hologrammes…soient en couleurs. Ce qui sur le principe est impossible, car les lasers sont par nature monochromes.

Mais comme pour un écran TV ou une imprimante, pourquoi ne pas imaginer trois images holographiques, une par couleur fondamentale, produites par trois cheminements laser distincts, qui associés ou superposés, reproduiraient les sensations d’une image couleur.

Il faudra enfin, que toute l’électronique nécessaire, soit partagée entre les filtres écrans et des lunettes ultra légères, sans aucun rapport avec les « headsets » d’aujourd’hui.

Autrement dit, ce n’est pas demain la veille…

Les critères sont évalués de 1 à 5
Marché : présence réelle sur le marché
Usage : intérêt potentiel, hors considérations commerciales
Standards : niveau de standardisation du sujet
Coût : coût de mise en œuvre ou d’usage (une valeur élevée témoigne d’un faible coût)
Futur : niveau de crédibilité prévisible
Maturité : niveau de maturité atteint actuellement
 
 

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