Les scientifiques ont besoin de références. Et les concepteurs de langages ne font pas exception. Dans le cadre du PARC ("Palo Alto Research Center" de Xerox, Alan Kay et ses "collègues", n’ont certes pas inventé les langages OO, mais ils ont réussi à faire de Smalltalk, une référence incontestée. Il y a Smalltalk et les autres…

Alan Kay est certainement l’une des figures les plus emblématiques du TI moderne. Non pas tant parce qu’il a été l’âme du langage Smalltalk au PARC de Xerox, mais parce qu’il a su intégrer ses recherches dans une approche plus globale, dans laquelle l’usager n’est pas seulement un consommateur, mais aussi un contributeur. Ce qui dans les années 70 était parfaitement nouveau, voire iconoclaste, la tendance étant plutôt de ne pas créer de ponts, sources potentielles de préoccupations inutiles.
On sait aujourd’hui que c’était une erreur, ce qui explique sans doute l’aura qu’Alan Kay continue d’avoir, bien au-delà du langage Smalltalk lui-même.
Alan Kay a fait ses études à l’Université du Colorado à Boulder puis à celle de l’Utah d’où il sortira titulaire d’une thèse sur l’ingénierie électrique. On aurait tort cependant de confiner Alan Kay à cette seule discipline, car en fait il s’est intéressé un peu à tout, à la logique architecturale des langages, mais aussi aux aspects cognitifs des usages, avec en arrière-pensée l’idée qu’un langage, une machine et un algorithme, ne sont pas là pour faire plaisir à leurs concepteurs, mai pour servir des utilisateurs, dont ils peuvent constituer des "extensions" intelligentes.
C’est durant sa période "estudiantine" qu’il imaginera son premier langage, dit Flex, fortement influencé par le Simula des norvégiens Dahl et Nygaard, que l’on peut considérer comme l’ancêtre du futur SmallTalk.
Contrairement à ce qui se dit, s’il n’est cependant pas l’inventeur de la programmation objet, il a su lui donner un "habit" formel de grande qualité, dont la plupart des grands concepteurs vont s’inspirer, tel Matsumoto avec Ruby. En particulier pour les IDE (plates-formes de développement), mais aussi pour la manière dont les objets sont susceptibles de communiquer par messages, qui préfigurait ce que l’on voit aujourd’hui avec les micro-services et les systèmes IA à base d’agents intelligents.
Quant au langage Smalltalk lui-même, on en retiendra 3 aspects fondamentaux : le fait que tout est objet et le résultat d’une instanciation de classe, y compris les entiers ou les chaînes de caractères (comme Ruby), le typage dynamique, découvert à l’exécution et la compilation du bytecode à la volée, une grande première pour l’époque, ce que reprendra Java, par exemple, 10 ans plus tard.,
On ne saurait oublier dans ce contexte, les partenaires d’Alan Kay au PARC, qui n’ont pas été que de simples figurants : Adèle Goldberg, Ted Kaehler et Dan Ingalls.
Alan Kay n’est cependant pas l’homme d’une seule invention. On lui attribue aussi celle du Dynabook, un ordinateur personnel portable, simple d’usage, qui n’est d’ailleurs pas une machine au sens premier du terme, mais une idée, un concept philosophique et surtout pédagogique, dont se sont largement inspirés les fabricants modernes.
On retrouvera encore les idée de Kay dans les interactions graphiques usager-machine, qui resteront au plan pédagogique, l’une de ses plus grandes obsessions.
Autant de concepts forts qu’il mettra en pratique avec Apple, chez qui il entrera en 1984, convaincu par Steve Jobs, qu’il avait invité chez Xerox, avec lequel il mettra au point le Macintosh. Celui-ci lui devant en partie sa simplicité d’usage.
Alan Kay a reçu le prix Turing en 2003, largement mérité, tout le monde en conviendra.