L’écossais Gary McKinnon est sans doute l’un des hackers les plus connus, sans être le plus doué, qui soit intervenu sur la scène internationale. Il a à son actif, 97 sites américains pénétrés, parmi les plus secrets et normalement les mieux protégés. Sauf que ce n’était pas le cas…

L’histoire de Gary McKinnon est un vrai roman.
Dans les années 2001 et 2002, alors qu’il était au chômage et donc disponible pour des activités "diverses", il s’est mis dans la tête d’aller voir ce qui se passait dans les sites de l’administration américaine, 97 au total, dont ceux de la NASA, du Pentagone, de l’armée de l’air, etc. Il fallait oser…
Alors qu’il s’attendait à ce que ces sites soient protégés et quasiment inaccessibles, à sa grande surprise, il n’en était rien et il a pu ainsi se promener de machine en machine et accéder à des dossiers confidentiels, dont certains n’étaient même pas protégés par des mots de passe et quand ils l’étaient, les solutions auraient fait hurler de rire un hacker débutant : "votre système de sécurité est nul. Je suis Solo. Je continuerai à perturber le système au plus haut niveau"…
A vrai dire on ne connaît pas ses motivations, lui-même affirmant qu’il recherchait des dossiers sur les OVNI, qui semble-t-il, étaient stockés dans ces sites. Ce que l’on peut ne pas croire…
Car malheureusement pour lui, il a quand même causé de l’ordre de 800 000 $ de dégâts, a supprimé des fichiers critiques et provoqué des arrêts préjudiciables, sur un certain nombre de machines. Ses visites n’ont donc pas été de pure courtoisie…
En 2002, Gary Minnon a été interrogé plusieurs fois par la police britannique, mais ce n’est qu’à la fin de cette année que la "Eastern District of Virginia" l’inculpera, après que les techniciens de l’un des sites hackés, aient récupéré son adresse IP.
C’est là où les choses se compliquent.
Car Gary McKinnon était britannique et entre les USA et le Royaume Uni, il y a une mare que l’on appelle l’océan Atlantique. De sorte que prononcer une inculpation aux USA pour un citoyen britannique, ne pouvait avoir de l’effet que si celle-ci était assortie d’une extradition.
Des demandes ont été faites dans ce sens, les américains voulant juger notre hacker, qui risquait 70 ans de prison, en fait 7 condamnations, portant chacune sur 10 ans.
En principe, McKinnon aurait dû être extradé, car une nouvelle loi avait été promulguée en 2003 au Royaume Uni, l’ "Extradition Act 2003", qui ouvrait la voie à cette opération.
Il n’en a rien été, malgré la condamnation de la Chambre des Lords, à laquelle les avocats de McKinnon s’étaient adressés.
Le feuilleton ne s’arrêtera pas là et il faudra attendre le 16 octobre 2012, après de multiples péripéties, pour que la première ministre britannique, Thérésa May, refuse définitivement l’extradition, sous le prétexte que Gary McKinnon aurait été atteint du syndrome d’Asperger, celui des autistes. Selon la propre mère de Gary McKinnon, Thérésa May aura d’ailleurs été le seul véritable soutien du "hacker", dans son refus de prendre l’avion pour les Etats-Unis…
Ce qui est étonnant dans son histoire, c’est l’extraordinaire engouement exprimé par la communauté en sa faveur : chanteurs, acteurs et autres politiques, tous prenant parti pour lui et s’engageant dans des actions ciblées pour l’aider. David Gilmor des Pink Floyd, ira par exemple jusqu’à lui dédier une chanson, qui prendra l’allure d’une promotion.
Gary Mc Kinnon n’a jamais été un petit génie de l’informatique. Il n’était pas un hacker qui se faisait plaisir. Il n’a fait que bénéficier des faiblesses sécuritaires des agences américaines.
Il n’a d’ailleurs jamais pris lui-même de précautions particulières, qui auraient pu lui éviter d’être démasqué : il ne recouvrait pas ses traces, il a utilisé sa propre adresse mail et s’est même connecté depuis la maison de la tante de son ex-petite amie. On ne peut imaginer plus maladroit.
Mais c’est comme ça, Gary McKinnon restera celui qui s’est promené dans les systèmes d’information de 97 agences américaines. Il est et restera longtemps un "Arsène Lupin"britannique.