Guido Van Rossum est le créateur du langage Python. Dont il a choisi la désignation, non pas parce qu’il aimait les serpents, mais par référence à la série britannique "Monty Python’s Flying Circus". Ce néerlandais d’origine a provoqué un véritable séisme avec son langage orienté objet, sans doute le plus simple parmi ceux qui existent aujourd’hui.

Ce qui frappe au premier abord chez Guido Van Rossum, c’est qu’il ne semble pas avoir été doté par les fées de qualités extraordinaires et a mené, somme toute, une carrière relativement classique, sans bouleversements, ni affrontements majeurs, hormis peut-être ceux avec les membres du comité chargé de faire évoluer le langage, au moment du passage de la version 2 à la version 3.
Sa forte implication dans la conception des langages est arrivée, on allait presque dire par hasard, à l’Université d’Amsterdam où il était chercheur, quand les responsables de cette entité lui ont demandé de participer à la conception d’un langage de base, destiné aux scientifiques.
C’est de cette commande qu’est né le langage ABC, censé répondre au cahier des charges, mais qui fut rapidement abandonné. Comme quoi…
Echec sans doute, mais le "ver était dans le fruit" et Guido Van Rossum, dès lors, ne quittera plus le monde des langages. Il s’est entêté et en 1991, au CWI ("Centrum Wiskunde & Informatica"), a commencé la conception de ce qui allait être sa grande œuvre, le langage Python.
Une première version est sortie en février 1991, d’ores et déjà dotée de quelques fonctionnalités avancées, telles qu’une très bonne gestion des exceptions et une grande modularité, ce qui sera la marque de fabrique de son outil.
Une version définitive sortira en 1994, qui aura un succès foudroyant.
En fait, Van Rossum, outre qu’il était un concepteur génial, a eu beaucoup de chance. Il est arrivé juste au moment où le marché a eu besoin d’un langage tel que Python. Pour des applications Internet, mais surtout pour le monde scientifique et celui des capteurs, quelque peu abandonnés depuis Java et C#.
Et ce sont bien les scientifiques qui ont mis Python sur un piédestal, dont ils ont été et sont encore, les principaux utilisateurs.
Le succès de Python ne se démentira jamais, ce qu’il doit de notre point de vue à certaines de ses qualités : sa lisibilité (pas d’accolades), sa modularité, le fait qu’il s’agit d’un langage OO, mâtiné de quelques caractéristiques fonctionnelles (fonctions pures, immutabilité…), une typologie remarquable avec plusieurs objets itérables (listes, dictionnaires), etc. On ajoutera à cela une communauté très puissante et impliquée, qui n’abandonnera jamais Van Rossum, même lors des soubresauts du passage à la version 3 et des incompatibilités qui en ont été les conséquences.
Après le CWI, Guido Van Rossum étendra sa collaborations à plusieurs organismes officiels, dont le NIST ("National Institute of Standards and Technologies"), avant d’intervenir chez Google et surtout chez Dropbox, ce "cloud" avant la lettre, dont les services incluaient déjà plus de 4 millions de lignes de code Python et qui a perçu dans l’intervention de Van Rossum, un clin d’œil du destin, grâce auquel plus rien de fâcheux ne pourrait plus lui arriver.
Après Dropbox, notre natif de La Haye, va prendre la "drôle" de décision à 80 ans de partir en retraite. Comme si ce personnage pouvait disparaître de la scène technologique. On aurait pu imaginer qu’il ait au moins attendu pour cela d’être un peu âgé. Mais nul doute qu’il est en train d’imaginer la suite de Python et ce ne sont pas les propositions de noms qui manquent : crotale, boa, vipère… rien que des charmants compagnons.