After Hours

Jack Kilby, le circuit intégré

Le 02-03-2026
Chapitre Personnages

Jack St Clair Kilby n’est peut-être pas le plus connu des inventeurs, mais il est celui qui aura marqué le plus profondément le monde de l’électronique et de l’informatique.

Jack Kilby avait 25 ans quand il a imaginé le premier circuit intégré de l’histoire. Cela se passait chez Texas Instruments, qu’il avait rejoint à la fin de ses études et la légende voudrait que ce soit pendant les vacances, auxquelles il n’avait pas encore droit, dans le désert des bureaux abandonnés par les autres employés

Alors qu’auparavant, il fallait placer sur une carte, les différents composants reliés entre eux et avec l’extérieur, Kilby s’est dit qu’il faudrait "simuler" chaque composant par un assemblage de portes logiques dans un semi-conducteur et les intégrer dans un même circuit, en prenant soin de prévoir les connexions nécessaires, pour obtenir les mêmes résultats, à l’encombrement près.

Approche originale si l’on songe que le premier mainframe n’avait pas encore été annoncé par IBM et que l’on en était encore à des technologies on ne peut plus traditionnelles.

Le premier circuit de Kilby regroupait un transistor, une capacité et 3 résistances, un bon début donc, mais insuffisant pour convaincre les dirigeants de Texas, quelque peu sceptiques.

Heureusement pour Kilby, il était américain et contrairement à ce qui se serait peut-être passé en France, Texas ne lui a pas proposé une retraite prématurée, ni de se faire soigner et a rapidement compris tout le potentiel de ses idées. Ce qui s’est traduit par le dépôt d’un brevet quelques mois plus tard, le 6 février 1959, pour un "Solid Circuit made of Germanium".

Cela dit, si l’idée était géniale, elle était encore incomplète. 

D’abord sur le choix du semi-conducteur, le germanium qui allait se révéler être une erreur. Il faudra attendre plusieurs mois avant que Robert Noyce de Fairchild et futur cofondateur d’Intel, ne choisisse le Silicium, dont on connaît l’extraordinaire réussite.

Sur le procédé de fabrication ensuite, car là encore c’est un ingénieur de Fairchild, Jean Hoerni, qui inventera le procédé "planar" de fabrication à grande échelle, sans lequel l’invention de Jack Kilby aurait eu beaucoup plus de mal à décoller. Le "planar" étant un procédé de lithographie par lequel plusieurs couches de semi-conducteurs et de métaux sont empilées pour produire les chemins de câbles et les composants dont on a besoin dans le circuit. 

Il subsiste d’ailleurs encore de nos jours une polémique quant à l’attribution de la paternité du circuit intégré à Kilby, car Robert Noyce a fait la même découverte en parallèle chez Fairchild, Noyce et Kilby ayant eu, il est vrai, quelques "frictions". Et même si c’est bien Texas qui a déposé le brevet, on ne peut pas dire que Noyce doive être exclu des honneurs. Car comme souvent c’est l’administratif qui départage les "concurrents", ici en l’occurrence le dépôt de brevet, ce que l’on peut tout à fait contester.

Jack Kilby fera toute sa carrière chez Texas, avec lequel il contribuera à de nombreuses réalisations, celles de la première calculatrice portable, par exemple, ou de l’imprimante intégrée à une caisse enregistreuse. Au total, Kilby sera associé à 60 brevets dans lesquels son nom apparaît.

Entre 1978 et 1985, il enseignera en tant que professeur émérite à l’Université Texas A&M.

Jack Kilby recevra le prix Nobel en 2000 pour ses travaux sur les technologies de l’information et des communications. Une juste récompense pour un inventeur somme toute peu connu, dont la fulgurance intellectuelle aura cependant contribué à lancer les technologies modernes. Peut-être a-t-il eu le tort de ne pas quitter Texas. C’est en tout cas, ce qui se dit…