C’est en 1974 qu’un français autodidacte, un peu fou dans le bon sens du terme, Roland Moreno, a déposé le brevet de la carte à puce. L’objectif étant de réduire les fraudes que les paiements par cartes magnétiques ne parvenaient pas à endiguer. Ce sera le début d’une longue saga, qui aura profondément modifié le monde financier.

La carte à puce, invention typiquement française et revendiquée comme telle, est née dans les années 70, dans le cerveau d’un grand imaginatif, Roland Moreno, déjà porté sur des créations farfelues, comme une bague de paiement dotée d’un code secret, une machine à tirer à pile ou face, évidemment essentielle et un "radoteur", censé créer des mots nouveaux en partant de ceux qui existent dans le dictionnaire de la langue française. Là encore vitale pour le développement économique de la France.
Mais avec la carte à puce, les choses ont été très différentes. Plus question de se comporter en "géo trouve tout", mais bien de créer un moyen de paiement sécurisé, utilisable par les entreprises et le grand public, pour remplacer les cartes à pistes magnétiques, très prisées des américains, mais jugées trop fragiles en termes de sécurité pour être généralisées.
On notera qu’aux USA le problème ne se posait d’ailleurs pas de la même manière, car il y avait autant de cartes que de fournisseurs, d’où des portefeuilles "rebondis", le périmètre des fraudes pour une carte étant mathématiquement réduit à celui d’un fournisseur.
L’idée de Roland Moreno a été d’imaginer une carte bancaire, au format classique, dans laquelle il insèrerait un circuit électronique porteur du fameux code secret. Ce circuit pouvant être lu par un terminal conçu sur mesure, installé chez tous les commerçants, dans lequel il suffirait d’insérer la carte, lisible grâce à des connecteurs.
L’idée était effectivement très bonne, sauf que Rtoland Moreno devait résoudre 3 problèmes. Le premier était d’insérer un circuit dans la tranche de la carte, ce qui n’était pas évident compte tenu de l’épaisseur du circuit lui-même. Le second était celui du prix, car il ne fallait pas que le procédé fasse exploser le coût de la carte (un projet mené par le pétrolier Elf Aquitaine, avait capoté pour cette raison). ce qui aurait été rédhibitoire pour des industriels potentiels. Et un troisième, lié au réseau de transport que l’on chargerait d’acheminer les données secrètes portées par la carte.
Pour ce qui concerne le réseau, il faudra d’ailleurs attendre 1978 pour que France Télécom lance son réseau Transpac à commutation de paquets, qui deviendra la solution par défaut que tout le monde utilisera, en France et dans de nombreux pays dans le monde. Il est vrai que Transpac était parfaitement adapté à la carte à puce, puisque sa facturation était pour la première fois fonction du volume de données transmises. Très faible évidemment pour la carte de Moreno.
A l’époque, Roland Moreno, s’est tourné vers la compagnie Bull, célèbre pour ses ordinateurs de la gamme DPS, qu’il a chargé de développer et commercialiser le produit, tout en gardant sa propriété, validée par un brevet déposé le 25 mars 1974.
Le projet Bull portait le nom de CP8. Il n’a pas été un franc succès, la compagnie, il est vrai, ayant d’autres soucis, que celui de se lancer dans une technologie incertaine.
Roland Moreno avait eu précédemment la bonne idée de créer une association Innovatron, transformée par la suite en entreprise Innovatron SA, dont la vocation était de vendre ses idées, puis d’acheter des parts de Gemplus, qui allait s’avérer le vecteur décisif de promotion de la carte.
La suite sera une grande réussite car la plupart des grands pays industrialisés vont adopter le concept : le Royaume Uni en 1997, certains pays asiatiques dès 2000 et surtout les USA en 2015, quand ils se sont enfin décidés à abandonner la piste magnétique.
Aujourd’hui la carte à puce a beaucoup changé et il n’est pas sûr que Roland Moreno, mort en 2012 à Paris, l’aurait reconnue. Grâce à l’extraordinaire miniaturisation de l’électronique, son circuit s’est transformé en ordinateur, qui propose une gamme de services qui a largement débordé du cercle restreint des moyens de paiement.
Quant à Roland Moreno, il a fourni la preuve qu’il n’est pas obligatoire de suivre un cursus universitaire prestigieux, truffé de diplômes, pour être décisif. Il aura eu la bonne idée au bon moment et la justice a voulu qu’il en retire de substantiels revenus, compte tenu de ce que chaque vente qui "empruntait" à son brevet, l’a rémunéré en proportion.
Nul doute que notre inventeur, là où il est aujourd’hui, aura su intéresser les technologues de l’au-delà pour de nouvelles trouvailles. Avec un pareil "lascar", rien n’est impossible.