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L’hypertexte, quand la navigation devient universelle

Le 27-02-2026
Chapitre Inventions

L’hypertexte et les hyperliens ont totalement révolutionné la manière d’accéder aux documents. Une transition qui a pourtant mis longtemps avant de se confirmer. Comme quoi les grandes idées…

L’hypertexte et par extension les hypermédias sont des textes et des médias, qui comportent des éléments clés qui permettent à ceux qui les parcourent de se brancher sur d’autres documents, quels que soient l’endroit où se trouvent ces documents sur la planète.

Pour les usagers d’Internet que nous sommes, cela semble évident, mais il aura quand même fallu attendre le britannique Tim Berners Lee et le belge Robert Cailliau employés au CERN de Genève, pour mettre au point un système hypertexte généralisé entre 1990 et 1992, sans en être pour autant les inventeurs.

Ils ont utilisé pour cela des liens URL ("Uniform Resource Locator")  et URI ("Uniform Resource Identifier"), compris par le protocole HTTP, pour se déplacer d’un document à l’autre ou d’une ressource à l’autre dans la même page ou le reste d’un site Internet.

On ne mesure probablement pas les conséquences qu’a eu cette adaptation des liens hypertextes au monde Internet, mais elle est de notre point de vue aussi cruciale que l’invention des langages de programmation ou le déploiement des tableurs. 

D’autant qu’il faut rappeler qu’à cette époque, au début des années 90, il n’y avait guère qu’IBM qui savait de quoi il s’agissait et avait implémenté le concept sur ses mainframes, sans lui avoir donné le côté universel de Berners-Lee et Cailleau.

Si on cherche une filiation à la technologie, deux noms viennent immédiatement à l’esprit, ceux de Vanevar Bush et de Ted Nelson.

Vanevar Bush est l’auteur de la première description du concept, qu’il a proposée dans un articule de… 1945. Dans cet article, il décrivait un bureau qu’il appelait Memex ("MEMory EXtender") doté d’une mémoire dans laquelle les usagers pouvaient stocker tout ce qui leur paraissait utile, des livres, des journaux, des revues, le support physique étant des microfilms, bien connus depuis le début du XIX ème siècle, avec en plus la possibilité d’ajouter de nouveaux documents au fur et à mesure de leur apparition, puis de se déplacer de document en document microfilmé en fonction des pôles d’intérêt, ce qui n’était rien d’autre que de l’hypertexte, sauf que Vanevar Bush n’a jamais prononcé le mot.

En fait, le terme d’hypertext est à mettre au crédit de Ted Nelson qui l’a proposé en 1965, au début de la grande période des mainframes d’IBM, pour illustrer un réseau de documents à vocation littéraire, qu’il avait conçu, avec des citations, des textes originaux, des commentaires, tous reliés entre eux.

On était donc bien dans ce qu’Internet fera exploser par la suite avec les milliards de documents éparpillés sur la planète.

Au-delà de cette nouvelle forme de navigation, Ted Nelson se lancera dans la réalisation du projet Xanadu, un système destiné à servir de dépôt à la littérature du monde entier, les clients devant s’acquitter d’un micro paiement pour y accéder. Ce qui, là aussi, n’était rien d’autre que la préfiguration des mécanismes que nous connaissons aujourd’hui pour les fonds documentaires payants. 

Malheureusement pour lui, Ted Nelson n’arrivera pas au bout de ses rêves et le projet Xanadu n’aboutira pas.

Toutefois, l’idée était bien là et il n’y aurait pas eu de GML, de SGML et surtout d’HTML si Nelson n’avait pas eu cette fulgurance. Il est certain que l’exploitation qu’en fera Internet par la suite aurait été retardée de quelques années.

L’invention de l’hypertexte nous semble devoir être considérée comme l’une des idées majeures du XXème siècle. Elle aura eu des conséquences sur la manière même de lire un document, non plus du début jusqu’à la fin, comme on pourrait le faire avec un livre, mais par bribes, par séquences.

Elle aura aussi entraîné quelques désagréments, le fait par exemple de se perdre dans le dédale des liens et de ne plus savoir où on en est dans la navigation. Nous avons tous connu ce sentiment énervant, quand il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour atteindre l’objectif fixé.

Il arrive aussi que la diversité des liens proposés nous fasse oublier pourquoi on les sollicite. On vient pour un sujet donné mais on ne sait plus lequel.