Le nom de Richard Stallman restera à jamais associé au combat pour la liberté d’usage des logiciels. En guerre contre les monopoles et les outils propriétaires, Richard Stallman ne s’est pas fait que des amis. C’est sans doute aussi à cela que l’on reconnaît le véritable courage.

"Le client est roi ? non l’utilisateur est libre". Cette phrase résume à elle seule le personnage de Richard Stallman, cet américain né en 1953 dans l’Etat de New York, qui fera de la poursuite de la liberté, son unique préoccupation, son obsession, le fondement d’un engagement de plus de 40 ans. Il est incontestablement celui qui aura le plus dérangé le monde feutré, secret et ultra protégé des grands éditeurs, à commencer par les GAFAM.
Richard Stallman a été employé au MIT pendant 13 ans, période pendant laquelle il va côtoyer la crème des développeurs, une population qui échange, copie et transmet en permanence, ce qui sans aucun doute lui mettra quelques idées dans la tête… Il se dit d’ailleurs que c’est à l’occasion d’un incident qui se serait produit au sujet d’une imprimante, dont il n’aura pas pu récupérer le code source, que son cheminement a pris corps. Et de programmeur, certains disent hacker, il va devenir militant et créer l’un des mouvements les plus marquants de l’histoire du logiciel.
Il faut se souvenir que dans les années 80, le logiciel était totalement propriétaire et que les constructeurs, IBM en tête, disposaient d’un pouvoir absolu sur l’usage des OS, machines et applications, aucune association d’utilisateurs n’étant susceptible de le contrecarrer. Même le GUIDE d’IBM n’était au fond qu’une association d’usagers de bon aloi, très "polis", conviés à des réjouissances, dont le seul prétexte était de diffuser la parole du constructeur. Rien de plus, n’en déplaise aux DSI qui se sont fait prendre au piège.
Stallman a commencé par proposer une licence d’usage en 1983, dite GPL ("General Public Licence"), dont il existe aujourd’hui plusieurs versions et qui s’est inscrite dans un projet plus global GNU ("GNU is not Unix"), celui d’un système d’exploitation dérivé d’Unix AT&T, exploitable dans des conditions moins contraignantes que les OS propriétaires, tels MVS d’IBM ou GCOS de Bull.
Stallman décrivait dans GPL quatre libertés fondamentales :
- la liberté d’utiliser un programme
- la liberté de l’étudier et de l’adapter à des besoins particuliers
- la liberté de le copier
- et la liberté de l’améliorer.
De là est née une certaine confusion, car GPL ne se limite pas à ces seules libertés. C’est une véritable licence, frappée de ce que Stallmann appellera le "copyleft", autrement dit l’obligation pour un usager qui aura récupéré un tel logiciel, mais qui l’aura transformé, de le distribuer sous les mêmes conditions et de fournir le source des modifications.
Contrainte qui restera une sorte de bannière dans la croisade de Stallman qui "ne permet à personne de s’approprier le travail des autres, tout en permettant de l’utiliser et de le modifier".
Deux ans plus tard, en 1985, Richard Stallman va créer la "Free Software Foundation" dont il restera longtemps le président, avant d’être obligé de démissionner, suite à sa prise de position en faveur de Marvin Minsky, l’un des fondateurs de l’Intelligence Artificielle, cité dans l’affaire Epstein (il reviendra cependant 2 ans plus tard, ce qui ne sera pas été du goût de tout le monde).
On voit bien que la philosophie de Stallman est largement centrée sur la notion de liberté, mais on prendra garde de ne pas la confondre avec une initiative menée par un autre personnage célèbre de la même mouvance, l’ancien hacker Eric Raymond, l’auteur du fameux livre "la cathédrale et le bazar". Le libre au sens de Raymond est total. Il n’y a aucune contrainte, alors que chez Stallman, GPL est une licence que d’aucuns jugeront parfois aussi contraignante qu’une licence propriétaire.
Pendant toute cette période, postérieure à celle du MIT, Stallman construira un véritable écosystème autour de GPL et de GNU, avec de nombreux outils estampillés GNU/GPL dont certains sont restés fameux : l’éditeur EMACS, le compilateur GCC, le débogueur gdb ou make pour la production.
Avec un indéniable succès, des entreprises, voire des pays entiers, se révoltant devant l’attitude des fournisseurs et leurs contraintes et adoptant les principes "stermaniens".
Malheureusement pour lui et sans doute pour la communauté, la machine s’est quelque peu enrayée, suite à des déclarations virulentes, dont certaines très contestables. Telle celle émise à la mort de Steve Jobs en 2011, que Stallman n’a pas regrettée, compte tenu de son appartenance à Apple et de son rôle dans la conception du Mac, considéré comme une "prison".
Sur le tard, Richard Stallman, sans se "ranger des voitures", s’est fait évangéliste pour promouvoir ses convictions et a participé à tout ce qui bougeait dans le domaine, avec une propension d’apparaître comme tel, avec une sorte de chasuble et surtout un comportement, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il était surprenant, debout sur une table à haranguer les foules…
Mais tout cela n’est pas grave. La communauté des développeurs et éditeurs doit beaucoup à Stallman et plus de 90 % des usagers se servent sans le savoir de produits distribués selon ses principes. Quant à sauter d’une table à l’autre comme un cabri, il faudrait seulement qu’il veille à ne pas se casser une jambe. D’autant qu’aux dernières nouvelles, sa santé n’était pas bonne.