Ted Codd est connu de tous les informaticiens par le biais de ses 12 célèbres lois qui ont donné un cadre formel au modèle relationnel de bases de données. Le plus étonnant c’est qu’aucune base ne respecte la totalité du modèle de Codd, qui constitue plus une référence qu’une obligation de conformité.

Edgar Frank Codd était un informaticien britannique qui avait fait ses études à l’Université d’Exeter au Royaume Uni, dans la double spécialité des mathématiques et de la chimie, qui "a priori" n’avaient pas grand-chose à voir l’un avec l’autre, mais témoigne de ce qu’en général les grands visionnaires ont une double, voire une triple approche dans leur cursus de formation.
L’explication venant sans doute de ce qu’ils se sentent à l’étroit dans une seule discipline et qu’ils ont besoin de se "frotter" à d’autres univers pour se réaliser. C’est en tout cas un signe…
Ted Codd a émigré aux Etats-Unis en 1948, juste après la guerre, pendant laquelle il avait servi en tant que pilote de la Royal Air Force.
Et c’est chez IBM qu’il a atterri, qui n’était évidemment pas ce qu’il est devenu par la suite, Codd faisant preuve ici d’un discernement certain pour orienter sa carrière.
C’est en tout cas chez IBM qu’il concevra son modèle relationnel formel (au sens mathématique du terme), après quelques péripéties qui témoignent de ce qu’il avait un caractère entier et ne lésinait pas sur les principes. En 1953, irrité par les propos tenus par le sénateur américain McCarthy, il avait émigré à Ottawa au Canada, il est vrai très proche, avant de revenir au bercail quelques mois plus tard.
Et c’est bien chez IBM qu’il publiera en 1970 son document fondateur : "A relational model of data for large shared data banks", dans lequel il décrit les relations entre les données de manière mathématique, une véritable algèbre relationnelle. Ce que nous appelons aujourd’hui les 12 lois de Codd, qui en fait étaient 13, la numérotation se faisant de 0 à 12… Détail !
Le problème est qu’IBM dans le même temps avait annoncé IMS ("Information Management System"), un SGBD hiérarchique en totale opposition avec ce que proposait Codd, destiné aux grosses bases de données des mainframes.
Ce qui est curieux c’est qu’IBM n’était pas débutant dans le monde relationnel, car 2 de ses concepteurs, Donald Chamberlain et Raymond Boyce, avaient déjà proposé un modèle de ce type, dit SEQUEL, dans lequel on pouvait deviner le futur langage de requête SQL, mais le constructeur n’avait pas cru bon de le développer.
La méthode était d’ailleurs classique chez lui, car le plus souvent, avant de se lancer dans une voie nouvelle, il pratiquait la double approche, à charge pour les laboratoires, omniprésents à cette époque, de départager les candidats.
Evidemment, il est très facile pour nous de prendre position aujourd’hui, mais dans les années 70, les utilisateurs ne voyaient pas forcément l’intérêt d’un modèle relationnel, la voie hiérarchique leur semblant beaucoup plus crédible, dans la mesure où IBM en faisait la promotion.
A l’extérieur d’IBM, d’autres compagnies n’auront pas cette réticence, à commencer par Larry Ellison qui va créer la compagnie Oracle, en reprenant les travaux de Codd et les concepts de SEQUEL. Il lancera le langage de requête SQL qui doit tout à SEQUEL et proposera des modèles relationnels de grande envergure qui feront sa fortune. Ses SGBD étant il est vrai, de très grande qualité.
D’autres compagnies suivront le même chemin, Informix et Sybase, étant les plus connus.
Curiosité de l’histoire, c’est la même année en 1981, que Ted Codd recevra le prix Turing, l’équivalent du prix Nobel, pour ses travaux sur le relationnel et qu’IBM annoncera sa première base relationnelle, SQL/DS, qui changera de nom 2 ans plus tard, pour devenir DB2. Comme quoi, se tromper n’est pas répréhensible, à condition de savoir le reconnaître et de corriger le tir.
C’est bien ce qu’a fait IBM, sauf que pour la doxa populaire, bien que tout ait été inventé chez lui, l’aventure relationnelle appartiendra définitivement à Oracle et aux autres acteurs de l’époque, dont Ted Codd, évidemment.