A la fin des années 60, le 29 octobre 1969, quand le DARPA ("Defense Advanced Research Projects Agency") a lancé le réseau Arpanet, il a aussi fait un choix sur la manière de transmettre les informations et de connecter les machines. Ce sera la suite TCP/IP, à laquelle Vinton Cerf va largement contribuer, de même que Bob Kahn, fondée sur un mécanisme de commutation de paquets.

A vrai dire, si Vinton Cerf est considéré comme le "père" du réseau Arpanet, construit sur la suite TCP/IP, de nombreux spécialistes estiment que ce n’est pas tout à fait juste et que Vinton Cerf aura plus été un détonateur, un organisateur, qu’un véritable visionnaire. Il avait certes le "background" pour cela, dont un doctorat acquis à l’issue de travaux menés entre 1970 et 1972, mais c’est plutôt Bob Kahn qui est considéré comme le penseur et le véritable créateur de la suite TCP/IP. Eternel débat sur ces "couples" qui ont fait bouger les lignes, les observateurs ayant parfois tendance à leur attribuer des rôles qui ne correspondent pas toujours à la réalité.
Quoi qu’il en soit, Vinton Cerf a travaillé sur le réseau Arpanet pendant ses études à UCLA, mais c’est à Stanford où il enseignera, qu’il rencontrera Bob Kahn, avec lequel il élaborera la fameuse suite et publiera en 1974 le document fondateur de TCP/IP : « A Protocol for Packet Network Intercommunication ».
Ce qu’il faut bien voir, c’est que si TCP/IP est bien une suite fondée sur la commutation de paquets et l’on peut effectivement considérer qu’Arpanet a été le premier réseau public à exploiter ce mode de transmission de données, ce ne sont ni Vinton Cerf, ni Bob Kahn, qui l'ont imaginée. Ils n’ont fait que l’utiliser et c’est de là que vient toute l’ambiguïté de la paternité d’Internet, dont on a dit trop vite qu’elle était à attribuer à Vinton Cerf. La réalisation industrielle ne devant pas se substituer à la conception théorique et aux visionnaires fondateurs.
Le problème est de décider de ce qui est important : la commutation de paquets ou le "produit" TCP/IP.
Pour ce qui est de la commutation de paquets, Louis Pouzin avait mis au point le réseau Cyclades en France, sur le même principe des datagrammes qu’Arpanet, sans connexion, par opposition aux circuits virtuels, tels qu’on les verra par la suite dans Transpac et X.25 en 1978.
On peut remonter plus loin, en 1962, avec la thèse d’un étudiant du MIT, Léonard Kleinrock, futur enseignant à UCLA, qui portait sur cette commutation ou en 1968 à Edimbourg, avec les travaux de Ronald Davies, un écossais et surtout Paul Baran qui avait été mandaté par le DoD, le département du commerce américain, pour construire un réseau susceptible de "rester vivant" en cas d’attaques soviétiques et de destruction d'une partie des infrastructures.
L’histoire a cependant choisi son camp, fortement inspirée par les influenceurs américains et ce sont bien Vinton Cerf et Bob Kahn qui ont été crédités de l’invention d’Arpanet et ensuite d’Internet.
Ils seront d’ailleurs récompensés par le prix Turing en 2004 et entreront dans le célèbre "National Inventors Hall of Fame" américain en 2006.
Bravo à eux et dommage pour les autres.