La gestion de projets en 2018 : Agilité et Intelligence Artificielle

La gestion de projet dans le monde du TI a subi d’importants changements en 2017, la reconnaissance avant tout des méthodes agiles. Le phénomène va se poursuivre en 2018, avec l’entrée en scène des Ressources Humaines, curieusement absentes jusqu’à présent.

La gestion de projet restera en 2018 une préoccupation majeure pour les patrons de TI. Comme l’indique le consultant « Transparency Market Research », le chiffre d’affaire le concernant devrait passer, rien que pour les prestations on line, de 2,74 milliards $, constaté en 2016, à 6,08 milliards $ en 2025, avec un CAGR de 9,3 %. Le marché est donc florissant et rémunérateur pour les compagnies spécialisées.

Trois aspects de la gestion de projets seront particulièrement mis en évidence en 2018 : la confirmation de l’agilité et de Scrum, l’arrivée d’artefacts d’intelligence artificielle en accompagnement des procédures, ainsi que des bots, qui eux-mêmes pourront être teintés d’IA et l’apparition d’un nouveau concept d’intelligence émotionnelle, très intéressant, dont on n’a pas fini de parler. Qui peut-être sera le grand gagnant de 2018.

Comme il semblerait que les Ressources Humaines veuillent aussi s’intéresser au sujet, il se pourrait bien que 2018 soit considéré un grand cru dans ce domaine. Il y a eu 2005 pour les grands vins de Bordeaux, il y aura peut-être 2018 pour la gestion de projet.

 

Deux formes de développement

2018 va confirmer une tendance qui s’est faite jour en 2017, à savoir la naissance de deux formes de développement. L’une relativement simple, est destinée aux programmeurs qui se sont formés seuls et pratiquent le PHP ou un langage équivalent. Des développeurs qui continueront de fabriquer des sites Internet et des applications relativement abordables et monteront progressivement en compétences avec l’appui des API modernes, telles que jQuery ou Angular.

D’un autre côté, on verra se confirmer une programmation plus complexe, avec des langages objet qui intègreront de plus en plus des techniques de codage très avancées, telles que fonctionnelles. Et la séparation avec la première famille sera encore plus nette.

La question sera de savoir si ce codage avancé sera encore du ressort des entreprises utilisatrices ou si elles seront réservées aux consultants et entreprises, dont c’est le métier de base.

La réponse ne sera pas évidente à donner, mais lourde de conséquences. Les Ressources Humaines devraient de toute urgence s’intéresser à ce sujet.

 

L’agilité ne se conteste plus

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ne sont pas contestables. On a beau ne pas aimer les cérémoniaux des méthodes agiles et les juger infantiles, la majorité des projets qui s’y prêtent aboutissent dans les temps et respectent les budgets. Y compris des projets de grande envergure, dont a dit trop longtemps qu’ils étaient réservés aux méthodes traditionnelles.

Il faut savoir arrêter une guerre et celle-ci n’a que trop duré. Qui n’apporte rien si ce n’est l’exaspération des équipes, qui pourtant doivent travailler ensemble.

D’autant, ce qui doit être souligné, que sur certains aspects essentiels tels que l’anticipation de certaines phases de gestion de projet, comme la définition des tests fonctionnels, unitaires et d’intégration, il n’y a guère de différence entre la manière de les aborder dans une méthode agile et avec cycle en V.

C’est évident, mais cela n’empêchera pas les propos « aigre-doux » en 2018. Cela fait seize ans que cela dure et il n’y a pas de raison que ça s’arrête.

La gestion de projet en 2018, ça va décoiffer…

 

Confirmation de Scrum… avec des dérives

La gestion de projet agile va gagner en parts de marché.

Pour les projets éligibles et avec des équipes adaptées en nombre et qualité, Scrum va continuer de progresser, au grand dam de certains chefs de projet qui ont vu dans ce mouvement une atteinte à leur intégrité personnelle…

Mais cette évolution va se faire avec quelques dérives ou adaptations. Le non-respect, par exemple, de certains principes de Scrum, tels que l’absence de documentation, le refus du refactoring, ou le maintien du rôle de chef de projet.

De nombreuses entreprises vont adapter la « philosophie » Scrum à leur contexte technique et social, mais cette personnalisation de la méthode contribuera aussi à la faire accepter et partager par le plus grand nombre. En 2018, on ne dira plus comme le développeur hollandais Erik Meijer que « l’agilité est un cancer que nous devons éliminer de l’industrie ».

 

L’agilité déborde le cadre des projets de gestion classique

A l’origine, les projets agiles étaient réservés aux applications très classiques de gestion : comptabilité, facturation, gestion des stocks, etc. Et il était de bon ton de refuser tout ce qui comportait une connotation trop technique.

Il est probable que 2018 fera voler en éclat cette frontière artificielle. D’ores et déjà, certaines grandes entreprises développent des systèmes embarqués avec ces méthodes, d’autres élaborent des jeux vidéos, autant de projets dont on ne peut pas dire qu’ils ne sont pas techniques. Et manifestement, ils ont abouti de manière satisfaisante.

D’autant que les tenants des méthodes agiles n’ont jamais fait d’ostracisme vis-à-vis des aspects techniques des projets, qu’ils disent vouloir régler en toute priorité, de même que les histoires communes à plusieurs sprints (Scrum).

Tout cela n’est finalement qu’une affaire de mots… et de mauvaise foi.

 

La nécessité d’intégrer les pratiques DevOps

Les chefs de projets savent qu’il ne peut y avoir d’agilité, sans des mécanismes forts de mise en production. C’est ce que propose de faire Patrick Desbois depuis des années, suivi maintenant par les principaux éditeurs de la planète, à commencer par IBM.

Mais il ne faut pas traiter ce problème philosophiquement et ne voir dans l’approche DevOps qu’une manière de rapprocher les « peuples », en l’occurrence le développement et la production. Il s’agit en fait d’une nécessité absolue et le succès des projets agiles ne sera pas au rendez-vous en 2018, si l’on n’automatise pas totalement les phases d’intégration, de livraison et de déploiement, telles que les prévoit DevOps. Ce n’est pas un problème à traiter à 8 000 pieds quand on a perdu le sol de vue, mais concrètement « au ras des pâquerettes », dans la salle machine.

En 2018 la fusion des méthodes agiles et de DevOps, sera une réalité. Il est impossible qu’il en soit autrement.

 

Accepter et recommander les différences

En 2017, un document publié par un senior de Google avait fait grand bruit : « Google’s Ideological Echo Chamber », la « Chambre d’écho idéologique de Google », dans lequel il estimait que la sous-représentation des femmes chez Google dans le cadre STEM (« Science, Technology, Engineering et Mathematics »), n’était pas le fait d’une quelconque discrimination à leur égard, mais de différences psychologiques incontestables : trop empathiques, moins résistantes au stress, etc.

On ne peut pas dire que ce courriel ait suscité l’adhésion des lecteurs et pas uniquement des femmes.

En fait, cette approche simpliste de la différence, considérée comme un obstacle au déploiement des projets, est à l’opposé de la tendance, qui au contraire, sous le cadre général de l’ « intelligence émotionnelle », veut que l’efficacité et le succès des projets soient souvent liés à ces différences : âge, ethnie, genre, race, religion, orientations sexuelles.

L’important n’étant pas d’être blanc, catholique et de type caucasien, mais d’être capable de détecter et de comprendre les émotions de son entourage professionnel et de la hiérarchie.

A la lecture du fameux Mémo publié chez Google, mais évidemment non revendiqué par la compagnie, on se dit que depuis le XVI ème siècle, quand l’inquisition se demandait (« controverse de Valladolid ») si les amérindiens avaient une âme, certains n’ont pas fait beaucoup de progrès en termes de maturité intellectuelle.

De ce point de vue en 2018, il y aura toujours des marginaux qui continueront de penser que la terre est plate…

 

Quatre outils modernes de  gestion de projets qui font la part belle aux technologies d’intelligence artificielle

 

Le rôle nouveau de l’IA

Il est probable qu’en 2018, certains mécanismes spécifiques de la gestion de projet seront fortement impactés par les technologies d’Intelligence Artificielle.

Il existe déjà plusieurs outils qui ont fait de ces techniques un argument commercial fort : Aurora, Forecast, Rescoper, Clarizen, ClickUp, etc, qui permettent par exemple de rechercher des compétences sur un sujet donné, pendant l’exécution d’un projet, de se constituer en plate-forme de gestion de connaissances dans les domaines techniques couverts, pour traiter des problèmes d’ordonnancement fondés sur des contraintes complexes, en appliquant l’expérience cognitive des experts du sujet, etc. Il est probable que les robots ou bots vont eux-aussi jouer un rôle dans ce contexte, que les utilisateurs pourront choisir à leur convenance en fonction de leurs besoins.

Aurora, par exemple, issu d’un projet de la NASA, est utilisé dans le cadre de très gros projets et intègre ces techniques d’IA. Il apparaît comme un leader du domaine.

D’une certaine manière, cette évolution de l’intégration de l’IA dans le process de gestion de projet rejoint celle de l’IA dans les IDE, telles que Visual Studio, qui eux-aussi bénéficient de cet apport, dans leurs dernières versions.

 

Les Ressources Humaines dans la boucle

Nous avons été de ceux qui se sont insurgés devant le fait que les Ressources Humaines étaient désespérément absentes des schémas directeurs TI et ne semblaient pas apprécier à leur juste valeur le changement profond qui touche les métiers du développement et de la gestion de projet.

De nombreux indices témoignent de ce que cela pourrait être moins le cas en 2018, tous les métiers du TI étant en fait impactés. Ce qui va obliger ce département à sortir du bois et refaire le terrain perdu.

Bonne nouvelle donc, à condition qu’elle soit suivie des faits…

Parmi les approches nouvelles qu’elle devra prendre en compte, il en est une qui va sans doute les surprendre, qui nous vient des recommandations du monde agile, de Lean Management en particulier : la santé morale des personnels. L’idée étant qu’un développeur « bien dans sa peau » et moins stressé, sera toujours plus efficace qu’un autre, constamment sous Prozac. Et il appartiendra aux RH de trouver les outils et processus pour qu’il en soit ainsi.

 

Outils de gestion de projet contre logiciels de collaboration

Avec l’arrivée sur le marché restreint de la direction de projet des milléniums, des personnels nés entre 1980 et 2000, une autre évolution est à prévoir, celle des outils.

Car ces personnels, qui ont approximativement entre 35 et 50 ans, ont eu le temps de passer les certifications adéquates et d’atteindre les postes à responsabilité de gestion de projet. Mais ces spécialistes sont aussi le plus souvent des fans des outils de collaboration, type Slack ou Teams (Microsoft), sans oublier Google et Facebook, plutôt que des adeptes des produits traditionnels et dédiés à la gestion de projet. Ils sont plus à l’aise avec ces outils très orientés collaboration temps réel, fondés sur des mécanismes immédiats, qu’ils ont souvent améliorés avec des « addons » trouvés sur le marché.

En 2018, cette tendance va se renforcer et peut-être faut-il trouver dans cette évolution l’une des raisons qui ont poussé Microsoft à tout miser sur Teams plutôt que sur Office 365.

 

L’impérialisme des certifications

Que ce soit en gestion de projets ou pour les autres métiers du TI, les certifications jouent un rôle essentiel dans la formation des équipes. Au point, d’une certaine manière, sinon de supplanter, du moins d’accompagner la filière classique des diplômes et des universités.

Or l’acquisition d’une certification telle que PMP, qui va demander un minimum de 4 500 heures de formation, peut s’avérer très coûteuse, à la fois pour les « apprenants » et pour les entreprises.

De sorte que là encore des voix vont s’élever pour dénoncer cette dérive et revenir à des considérations plus normales. A savoir tabler en premier lieu sur les diplômes qui vont fournir la carte de visite des personnels, mais tabler surtout sur leurs compétences et qualités, qu’il est somme toute aisé de constater et de mesurer.

Il ne faut plus que ces PMP et autres certifications deviennent un passage obligé pour les emplois à pourvoir, car la sélection, si elle existe, doit se faire non pas sur des critères financiers, mais sur les compétences.

 

Plus de flexibilité

On sait aujourd’hui qu’en 2025/2030, 70 % des développeurs qui participeront aux projets TI des entreprises seront des extérieurs, consultants individuels, le plus souvent.

Il faudra donc adapter la gestion de projet à ces collaborateurs, qui travailleront en « part time » et en mode délocalisé. Ce qui sera d’ailleurs contradictoire avec la philosophie des développements agiles.

2018 verra apparaître de nombreux outils, dans le sillage d’un ProofHub, par exemple, qui fait figure de précurseur et dont l’objet sera de centraliser les projets et les équipes sur le Cloud, de suivre les « topics » de discussion, de partager des idées et des concepts, de gérer les fichiers de travail, d’animer les chats, etc. On peut les considérer comme une couche plus conviviale posée sur un GitHub ou équivalent.

L’important sera que chaque développeur impliqué puisse travailler à sa convenance et à son rythme, tout en respectant les impératifs que vont lui imposer les responsables des projets.

C’est ce que fait depuis des années un outil comme Visual Studio Online, mais cette fois avec l’universalité des plates-formes en plus.